14/07/2008

LIBERTE DE PENSEE

Bonjour à toutes et à tous, j'ai reçu ce matin une agréable lecture que je souhaite partager. Il est vrai que je n'ai point écris ce texte rempli de richesse, mais tant de plasir mérite un moment d'attention.

 

LIBERTE DE PENSEE

 

« Die Gedanken sind frei ! », clame un vieux chant estudiantin allemand. En effet, les pensées sont libres, et qui pourrait le contester ? Dès lors, est-il possible d’esquisser une histoire d’une liberté qui, par définition, est atemporelle, tant son existence relève de l’évidence ? Malgré les tentatives les plus violentes de tordre le cou à cette réalité, la pensée, dans sa liberté intrinsèque, ne s’est-elle pas toujours imposée, envers et contre tout ?

 

Et pourtant. Si la liberté de pensée ressortit à l’axiome, les efforts pour la brimer inscrivent malgré elle la liberté de pensée dans un cursus historique qui, s’il n’éclaire pas sa naissance et son triomphe, symbolise à lui seul les combats les plus mesquins contre la liberté en tant que telle. Car peut-il y avoir ne serait-ce qu’une liberté sans, au préalable, la liberté de penser, de créer, d’imaginer, de concevoir ? A la fois réceptacle de toutes les libertés et matrice de l’acte libératoire qu’est en elle-même la pensée, la liberté de pensée, au nom de toutes les libertés, a due en fait se battre pour conquérir, d’abord, sa propre liberté.

 

La liberté de pensée se trouve aux fondements de la liberté. Pas étonnant dès lors qu’on la repère au coeur du mouvement qui va constituer la première étape de l’émancipation de l’acte intellectuel des tutelles théologiques et politiques qui l’enserraient : la Renaissance et son pendant religieux, la Réforme. Non que la liberté soit née à ce moment : toutes les grandes conquêtes de l’esprit ont connu des développements longs, aucune n’a été spontanée. Mais la Renaissance et la Réforme vont parachever la réappropriation de l’homme par lui-même, vont signer son émergence comme sujet pensant, comme sujet capable de réfléchir, de « penser » le monde, d’influer aussi sur le destin de celui-ci, à l’abri des forces surnaturelles auxquelles il était jusqu’ici soumis.

 

Cette découverte de l’autonomie intellectuelle par l’individu va se poursuivre ensuite, jusqu’au virage décisif des Lumières, de l’Aufklärung, de l’Enlightenment. Au fil des décennies, de la liberté de pensée, se sont évadées une foule de libertés, qui vont ancrer dans le concret cette faculté inhérente à l’homme de se représenter l’universel comme il l’entend. Sur le plan religieux, cible première de la liberté de pensée, émergent les libertés de croyance et de conscience ; sur le plan intellectuel, la liberté scientifique permet de redessiner l’univers en dehors des canons bibliques, avant d’inoculer le frisson du neuf dans la liberté économique, qui banalise l’idée selon laquelle le progrès dépend de l’intérêt personnel, et dans la liberté

d’opinion, car il n’y a pas de liberté sans possibilité de l’exprimer. Sur le plan politique, l’individu cultive désormais l’audace de se soustraire à l’absolutisme des monarques. Mieux encore : non content de penser pour et par lui-même, l’individu transcende la liberté de pensée, comme acte solitaire, en acte collectif, en association, lors de réunions.

 

La Révolution française devait répandre la liberté sur la terre entière, comme une norme intangible, valable pour tous les lieux et toutes les latitudes. Hélas, de trop nombreuses influences hantent le berceau de la Révolution. A l’apologie de la liberté qu’elle doit véhiculer fait face la quête d’un nouvel absolu, révolutionnaire cette fois. De cette dualité mortifère, la Révolution ne se remettra pas : au 19ème siècle revient le devoir de repenser la liberté, afin qu’elle abandonne le cercle maudit des utopies sans vie et devienne réalité.

 

Ce sera la tâche du mouvement libéral de donner le cadre juridique qui doit permettre aux libertés de s’imposer comme une règle de vie possible. Et au moment d’échafauder les instruments qui devront faire de la défense des libertés les axes de l’action de l’État, la liberté de pensée retrouve son rôle moteur, inspirateur. Benjamin Constant l’exprimera avec le plus de force : la liberté ne peut subsister si elle se laisse rabrouer par un quelconque absolu. Qu’il soit religieux ou politique, spirituel ou temporel, brandi par l’Église ou par l’État, l’absolu est l’ennemi de la liberté. Et comment bannir l’absolu sinon en osant affirmer le primat de la pensée ?

 

Blaise Pascal avait déjà tracé le cadre de la liberté de pensée en prétendant que penser, c’était dire non. De cet acte individuel pensé comme un acte d’adhésion à Dieu, Benjamin Constant en tire un substrat politique à même de guider le libéralisme naissant vers son affirmation comme seule doctrine politique capable de respecter l’individu dans son épaisseur d’ « animal politique ». La liberté est vaine sans pensée, sans réflexion. Dans l’État moderne en formation, cette déclaration recèle toutefois des conséquences gigantesques : la liberté ne doit en aucun cas se métamorphoser en nouvel absolu ; et c’est par elle-même que la liberté doit s’empêcher de dériver vers les tentations nauséabondes d’un absolu qui fondamentalement lui répugne.

 

La liberté de pensée doit ainsi contribuer à penser les limites de la liberté, par la raison que les Lumières déjà avaient proclamée. La liberté doit donc accepter ses propres contraintes. Plusieurs outils sont alors mis en oeuvre, dont le besoin d’ordre, que les radicaux intégreront dans la pensée libérale par le rôle particulier qu’ils octroieront à l’État, et l’égalité de droit. A travers elle, personne ne peut jouir d’un quelconque privilège par rapport aux autres. Et si cette nécessité de l’égalité risque d’entraver le plein exercice de la liberté, si elle doit inexorablement se diriger vers une indistincte égalité des conditions, elle ne doit point être mise de côté : sans l’égalité juridique, la liberté s’effondre. Il s’agira de placer des limites, une fois de plus, dans cette subtile dialectique entre égalité et liberté qu’explicitera le génie de Tocqueville.

 

Mais, de nouveau, la liberté ne peut supporter un absolu, même s’il est égalitaire. L’égalité prescrit, définit, prévoit, fixe un terme à l’histoire. C’est inacceptable pour la liberté. La liberté se vit en premier par la pensée, et celle-ci ne peut tolérer un fin imposée. La liberté s’épanouit dans l’indétermination. A ce titre, Raymond Aron donnera l’un des plus formidables exemples récents de ce que peut réaliser la liberté de pensée, même quand elle se retrouve seule contre tous : au nom de l’indétermination que promeut le libéralisme, il se battra contre le déterminisme égalitariste d’obédience marxiste. A l’absolu historiciste il opposera le hasard ordonné du libéralisme qui, en libérant la pensée, libère en définitive l’homme.

 Ce texte est mon préféré.... a voir sur   http://www.voslibertes.ch/

 

www.radical.ch

 

Bien à vous - Gonzo.

 

13:52 Écrit par Gonzo dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

La fin contient des passages péremptoirement foireux, le sommet étant atteint avec :

"Mais, de nouveau, la liberté ne peut supporter un absolu, même s’il est égalitaire. L’égalité prescrit, définit, prévoit, fixe un terme à l’histoire. C’est inacceptable pour la liberté."

Le genre de phrase que Pierre Weiss s'amuse à prononcer avec son accent bavouillant.

Écrit par : Dji | 14/07/2008

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